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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 11:22

Qu’est-ce qu’un groupe social ? Peut-on considérer que les étudiants d’une promo ou les passagers d’un bus forment un groupe ? Des personnes d’une même origine ethnique doivent-elles être davantage considérées en tant que groupe que des personnes habitant un même village ou un même quartier ?

 

Qu'est ce qu'un groupe social ?

sport.jpg

En psychologie sociale, on parle de groupe quand il y a : relations interpersonnelles ; influences réciproques des membres ; mise en place d’une organisation ; poursuite d’un but commun. Ainsi, un groupe n’est pas qu’un rassemblement d’au moins deux personnes mais représente une véritable instance de socialisation. Au delà des classes sociales qui structurent la société, d'autres groupes comme le club de sport peuvent exister.

Dans ce cadre théorique, l’équipe de foot colle tout à fait à la définition du groupe social. En fait, on pourrait presque dire qu’elle est l’archétype du concept de groupe (elle reprend parfaitement les 4 conditions décrites plus haut). Ainsi pour les membres d’une équipe, le sentiment d’appartenance à leur groupe (l’endogroupe) est souvent très fort. 

 

L'identité sociale

L’appartenance à un groupe a un impact sur ce l’on appelle l’identité sociale. Ce concept, tel qu’il est définit dans les travaux de Tajfel et Turner (1979, 1986) correspond pour un individu à l’influence de ses appartenances à des groupes sociaux dans sa définition de soi. Là encore, les joueurs de foot ont très certainement des identités très marquées par leurs équipes d’appartenance. Ainsi, un individu, dans une recherche d’identité positive, peut s’engager dans une démarche de valorisation de son identité sociale et donc de ses groupes d’appartenances. Si l’on reprend l’exemple des joueurs d’une équipe de foot, ceci pourrait se traduire par une volonté très forte d’augmenter leur niveau de jeu et d’améliorer les résultats du collectif afin que chacun d’eux soit associé à un groupe performant.

 

Attention aux discriminations.

La recherche d’identité sociale positive peut également passer par la discrimination d’un ou plusieurs groupes auquel on n’appartient pas (exogroupe). Ceci est lié à la volonté de maintenir une différence positive entre l’endogroupe et les autres groupes auxquels il pourrait être comparé.


Henri Tajfel en 1971 réalise une expérience qui permet d’illustrer cette idée. De celle-ci va résulter le «_paradigme des groupes minimaux_» qui va beaucoup influencer la recherche en psychologie sociale. Cette étude se déroule en deux temps. Dans la première phase, chaque élève (d’une même classe de secondaire) visionne deux tableaux, l’un de Kandinsky et l’autre de Klee (deux peintres abstraits, peu connus à l’époque). Ensuite, les participants doivent indiquer leurs préférences pour l’un d’entre eux, et sont catégorisés par l’expérimentateur en tant que membre d’un groupe de l’un des deux peintres (ceux qui préfère Klee et ceux qui préfèrent Kandinsky). En réalité, quel que soit les réponses des élèves, Tajfel leur indique systématiquement qu’ils appartiennent au groupe de personnes qui préfèrent Klee. Il leur cache cette manipulation et fait croire à chacun d’eux que les deux groupes ont des effectifs relativement équilibrés.

A ce moment de l’expérience chaque participant a donc une identité sociale particulière, c’est-à-dire une appartenance à un groupe dans lequel les membres préfèrent le tableau de Klee à celui de Kandinsky. Il s’agit ici d’un groupe agrégat puisque tous les membres de ce groupe ne s’y retrouvent que par leurs préférences et n’ont aucune possibilité d’interaction entre eux.

Lors de la seconde phase, les participants doivent attribuer à un membre de leur groupe et à un membre de l’exogroupe une rémunération, c’est-à-dire les payer pour leurs participations à l’étude. Pour cela, l’expérimentateur a recours à une astuce qui consiste à introduire des stratégies de rémunération particulière grâce à des «_matrices_» qu’il a créé. Ces matrices sont construites sous forme de tableaux dans lesquels la première ligne correspond aux rémunérations attribuables au membre de son groupe et la seconde ligne, aux rémunérations possibles du membre de l’autre groupe.

matrice tajfelLes participants ont pour consigne d’entourer une colonne du tableau comprenant donc deux rémunérations, une pour un membre de l’endogroupe et une autre pour un membre de l’exogroupe. L’une des matrices est construite de telle manière que les participants ont le choix d’attribuer des sommes relativement importantes aux deux personnes avec une rétribution plus importante pour le membre de l’exogroupe ou des sommes plutôt faibles dont la plus petite était destinée à la personne appartenant à l’autre groupe.

 

Favoritisme endogroupe

Ces résultats attestent donc que les participants favorisent leur groupe d’appartenance en choisissant dans les matrices proposées une différence positive de rémunération entre les membres de leur groupe et ceux de l’autre groupe (ceci alors que les membres de l’endogrouupe pourraient gagner davantage_!!). Ce type de comportement illustre bien la volonté de placer son groupe d’appartenance dans une position de supériorité par rapport aux autres groupes.

H. Tajfel a montré que pour voir apparaitre des comportements de discrimination (ici, du favoritisme endogroupe), il suffit de faire croire à des personnes qu’ils font partie d’un groupe. Nul besoin de conflit entre les groupes ni même d’interaction entre les membres d’un même groupe ou de groupes différents pour qu’il y est discrimination.

Dès lors, posons-nous la question de ce qui pourrait arriver entre les joueurs ou supporters de deux équipes de foot différentes ? Si une préférence artistique suffit à des personnes pour discriminer les membres d’un autre groupe, qu’en est-il pour des personnes d’origine géographique (et/ou culturelle) différente, vêtus de couleurs différentes, les cœurs frappés de blasons différents et surtout, en situation de compétition les uns contre les autres ?

L’esprit d’équipe peut conduire à de belles choses en galvanisant ses membres, en les poussant à se dépasser et en leur permettant de réaliser des performances qu’ils n’auraient pas envisager. Cependant, il peut aussi amener ces personnes à développer de l’hostilité voir de la haine envers les membres d’autres équipes.

 

Pour conclure sur des considérations footballistiques, n'oublions pas de favoriser la vision de l'équipe adversaire comme des partenaires permettant à la fois la pratique effective du football mais aussi de s'associer dans la quête de la plus belle des performances. N'oublions pas non plus que nous avons plus à gagner dans l'unité que dans la division, car sous les maillots différents, nous sommes tous de la même classe !

 

Y.D & M.R

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Published by Spartak Lillois - dans Activité militante
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